L’accélération du REER a une limite. Voici comment ne pas la dépasser

Dans les deux derniers articles, on a parlé de la fenêtre fiscale des premières années de retraite — et de l’accélération stratégique du REER comme façon d’en profiter.

Aujourd’hui, je veux vous parler de l’autre côté de cette stratégie. Parce qu’une erreur fréquente existe dans les deux directions — pas seulement laisser le REER grossir trop longtemps, mais aussi le décaisser trop vite.

 

La tentation du décaissement rapide

Une fois qu’on comprend l’accélération stratégique du REER, une réaction naturelle apparaît : si décaisser tôt est avantageux, autant le vider le plus vite possible.

C’est une erreur. Et elle peut coûter aussi cher que l’erreur opposée.

Le REER n’est pas un compte qu’on vide d’un coup parce que c’est fiscalement avantageux de le faire tôt. C’est un compte qu’on décaisse à un rythme précis — calibré pour rester dans les tranches d’imposition favorables, sans jamais pousser le revenu imposable dans des zones coûteuses.

La différence entre bien faire et trop faire se mesure en dizaines de milliers de dollars d’impôt supplémentaire.

 

Ce qui arrive quand on retire trop

Prenons un exemple concret.

Un entrepreneur retraité de 63 ans décide de retirer 120 000 $ de son REER cette année — bien au-delà de ses besoins réels. Son raisonnement : mieux vaut payer maintenant que plus tard.

Mais à 120 000 $ de revenu net, il entre dans la zone de récupération de la PSV — là où chaque dollar supplémentaire déclenche simultanément de l’impôt personnel et une récupération de PSV de 15 cents par dollar. Son TEMI réel dans cette zone dépasse 60%.

Il pensait optimiser. Il a en fait payé plus cher que nécessaire — simplement parce qu’il a dépassé le seuil favorable.

Le même montant, retiré sur deux ou trois ans plutôt qu’un, aurait maintenu le revenu imposable dans des tranches où le TEMI est de 36% à 40%. L’économie aurait été significative.

 

Le concept de tranche optimale

Dans un plan de décaissement bien construit, il y a une zone de revenu imposable qu’on cherche à atteindre chaque année — ni trop bas, ni trop haut.

Trop bas, et vous laissez de la capacité fiscale inutilisée. Vous auriez pu retirer davantage du REER à faible coût, mais vous ne l’avez pas fait.

Trop haut, et vous entrez dans des zones de TEMI élevé — récupération de la PSV, perte du crédit en raison de l’âge, réduction des crédits remboursables provinciaux. Chaque dollar supplémentaire coûte beaucoup plus cher que nécessaire.

La tranche optimale se situe entre ces deux extrêmes. Et elle varie selon votre situation — vos autres sources de revenus, la situation de votre conjoint, vos soldes dans chaque véhicule, et le timing de votre RRQ et de votre PSV.

 

La coordination avec le CELI

Il y a une autre dimension qu’on oublie souvent dans ce calcul.

Chaque dollar retiré du REER en excédent de vos besoins réels doit aller quelque part. Si ce dollar est transféré dans le CELI, il continue de croître libre d’impôt — et n’affecte jamais le revenu imposable lors des retraits futurs.

Mais si les droits de cotisation CELI sont déjà épuisés, l’excédent se retrouve dans un compte non enregistré — où il génère des revenus imposables annuellement. Ce revenu supplémentaire peut lui-même pousser le revenu imposable dans des zones défavorables les années suivantes.

L’accélération stratégique du REER et l’alimentation du CELI sont deux stratégies qui fonctionnent ensemble. L’une sans l’autre peut créer autant de problèmes qu’elle en résout.

 

Ce que ça exige comme précision

Trouver la tranche optimale de décaissement annuel — et maintenir le revenu imposable dans cette zone pendant 20 à 30 ans — ne se fait pas à la main. Ça se modélise avec vos vrais chiffres, toutes vos sources de revenus projetées, et votre TEMI calculé année par année.

C’est là que les vraies économies deviennent visibles. Et c’est là que la différence entre décaisser par défaut et décaisser intelligemment se mesure en dollars réels.

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Jimmy Thomassin, Pl. Fin.
Planificateur financier | Spécialiste décaissement entrepreneur
jimmy.thomassin@ig.ca

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Pourquoi retirer plus de votre REER que ce dont vous avez besoin est parfois la bonne décision